Se souvenir d’Yvette Roudy
Yvette ROUDY a été Ministre des droits des femmes de 1981 à 1986 Ministère alors de plein exercice ; nous lui devons notamment le remboursement de l’IVG par la sécurité sociale qu’elle obtient en 1982, et la loi sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes en 1983, dite Loi ROUDY ainsi que la féminisation des noms de métiers et des fonctions.
C’est sous son impulsion qu’ en 1982, la France reconnait la journée du 8 MARS comme journée internationale des droits des femmes.
Qui connaît Yvette Roudy ?
Yvette Roudy, grande figure du féminisme et de la vie politique française, nous a quittés le 18 août 2026, à l’âge de 97 ans.
En France, le sexisme paternaliste compte 7,5 millions d’hommes. Si les hommes sont majoritaires, les femmes véhiculent aussi ces normes.
Quant au sexisme hostile : 17% des personnes de 15 ans et plus, soit près de 10 millions de personnes y adhèrent.
Plus l’âge augmente, moins le sexisme est perçu comme un problème social.
Le rapport reconnait le cyber sexisme comme la première forme de discours de haine en ligne, avec 84% de victimes qui sont des femmes.
- Du militantisme féministe à l’action politique
Née en 1929, Yvette Roudy s’engage très tôt pour l’émancipation des femmes. En 1964, elle traduit en français The Feminine Mystique de Betty Friedan, publié sous le titre La Femme mystifiée, ouvrage majeur qui contribue à nourrir la réflexion féministe en France.
Pour elle, le féminisme ne devait pas rester un mouvement d’idées et de revendications : il devait entrer dans les institutions, inspirer les politiques publiques et devenir des lois.
Élue députée européenne en 1979, elle côtoie notamment Simone Veil, dont elle dira qu’elle fut à la fois une amie et une alliée dans le combat pour les droits des femmes.
En 1981, après l’élection de François Mitterrand, elle devient ministre des Droits de la femme, fonction qu’elle exercera jusqu’en 1986. Les droits des femmes trouvent alors une place clairement identifiée au sein du gouvernement.
- Faire des droits votés des droits réels
Yvette Roudy ne voulait pas d’un ministère symbolique. Elle voulait agir.
En 1982, elle obtient le remboursement de l’interruption volontaire de grossesse par la Sécurité sociale. La loi Veil avait légalisé l’IVG en 1975, mais Yvette Roudy avait compris une évidence qui reste au cœur de nos combats : un droit qui ne peut être exercé faute de moyens financiers n’est pas véritablement un droit pour toutes.
En 1983, elle fait adopter la loi Roudy sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Elle agit également contre les violences et les discriminations, pour l’indépendance économique des femmes et leur accès aux responsabilités politiques.
Plus de quarante ans après, ces combats n’ont malheureusement rien perdu de leur actualité.
- Un ministère qui devait un jour devenir inutile
François Mitterrand avait expliqué à Yvette Roudy que la plus belle réussite de son ministère serait qu’un jour il n’ait plus de raison d’exister.
Elle partageait cette ambition : lorsque l’égalité entre les femmes et les hommes serait devenue une réalité et que chaque politique publique intégrerait naturellement les droits des femmes, un ministère spécifique ne serait plus nécessaire.
Plus de quarante ans après, force est de constater que nous n’en sommes toujours pas là.
Lorsque Yvette Roudy quitte le gouvernement en 1986, le ministère des Droits de la femme disparaît en tant que ministère de plein exercice. La responsabilité des droits des femmes subsiste sous différentes formes — secrétariats d’État, ministères délégués ou portefeuilles plus larges — mais il faudra attendre 2012, vingt-six ans plus tard, pour qu’une femme soit à nouveau nommée ministre de plein exercice chargée des Droits des femmes : Najat Vallaud-Belkacem.
Le ministère avait disparu, mais non parce que sa mission était accomplie.
Les inégalités professionnelles et salariales, les violences, le sexisme et le partage inégal du pouvoir étaient toujours là. Aujourd’hui encore, les droits des femmes font l’objet d’une responsabilité ministérielle spécifique.
Le jour imaginé par Yvette Roudy, celui où l’égalité serait suffisamment réelle pour la rendre inutile, n’est toujours pas arrivé.
- Une féministe ouverte sur le monde
L’engagement d’Yvette Roudy avait aussi une dimension internationale. Sa traduction de Betty Friedan en témoigne dès les années 1960.
Ministre, elle inscrit l’action de la France dans les grands rendez-vous internationaux consacrés aux femmes. En 1985, la troisième Conférence mondiale des Nations Unies sur les femmes, à Nairobi, clôt la Décennie des Nations Unies pour la femme autour de trois mots : égalité, développement, paix.
Quarante ans plus tard, ils pourraient encore être les nôtres.
Yvette Roudy avait compris que les droits des femmes n’étaient ni une question accessoire ni une revendication catégorielle. Ils sont une question de démocratie, de justice sociale et de droits humains.
- Un engagement qui ne s’est jamais arrêté
Son départ du gouvernement ne met pas fin à ses combats. Députée du Calvados, maire de Lisieux, présidente de l’Assemblée des Femmes, Yvette Roudy reste avant tout une militante féministe, notamment engagée pour la parité et l’accès des femmes aux responsabilités politiques.
Elle appartenait à cette génération de féministes qui savait une chose essentielle : aucun droit n’est définitivement acquis.
Il faut le revendiquer, se battre pour l’obtenir, le traduire dans la loi, veiller à son application et rester vigilantes pour qu’il ne soit jamais remis en cause.
- Qui connaît Yvette Roudy ?
C’est peut-être la question que nous devons poser aujourd’hui.
Nous, féministes engagées depuis longtemps, connaissons son nom et ses combats. Mais les jeunes femmes les connaissent-elles ?
Savent-elles que des droits qui leur paraissent aujourd’hui évidents ne l’étaient absolument pas il y a quelques décennies ? Savent-elles combien de femmes ont dû se battre pour pouvoir étudier, travailler, disposer de leur salaire, maîtriser leurs grossesses, exercer des responsabilités politiques ou revendiquer l’égalité professionnelle ?
Transmettre cette histoire est aussi l’une de nos responsabilités.
Non par nostalgie, mais parce que connaître les combats de celles qui nous ont précédées permet de mesurer le chemin parcouru, de comprendre celui qu’il reste à accomplir et de ne jamais considérer nos droits comme définitivement acquis.
Yvette Roudy a contribué à transformer des revendications féministes en décisions politiques, des décisions en lois et des lois en droits concrets pour des millions de femmes.
La France perd une grande figure politique.
Le mouvement féministe perd l’une de ses pionnières.
Mais restent les lois qu’elle a portées, les combats qu’elle a menés, les convictions qu’elle n’a jamais abandonnées et les générations de femmes qu’elle a contribué à faire avancer.
Se souvenir d’Yvette Roudy, c’est se souvenir que les droits des femmes ont une histoire: une histoire de luttes, de conquêtes, parfois de reculs, et surtout de transmission.
Elle rêvait du jour où un ministère des Droits des femmes serait devenu inutile parce que l’égalité aurait enfin été réalisée.
Ce jour n’est toujours pas arrivé.
À nous de poursuivre le chemin.
Paris, le 19 août 2026
Photo : Jean Dupont – source : Wikimedia Commons – licence CC BY-SA 3.0
